LE TRAUMATISME CRANIEN

Bonjour à tous. Je m’appelle Benjamin Lesage. Je suis neuropsychologue. J’exerce au sein d’un centre de rééducation fonctionnelle ainsi qu’au cabinet pluridisciplinaire Sur un Nuage, que vous connaissez désormais puisque vous lisez ces lignes. Mon boulot dans la vie ? Aider (autant que je le peux) les personnes qu’on appelle « cérébro-lésés » c’est à dire qui ont souffert d’un traumatisme cérébral au sens large du terme. Aujourd’hui, j’ai décidé de vous parler d’un sujet qui me tient particulièrement à cœur : le traumatisme crânien. C’est une pathologie dont on ne parle pas suffisamment à mon sens au regard du nombre de personnes concernées (saviez-vous d’ailleurs qu’il y a autant de traumatisés crâniens par an en France que de personnes souffrant d’un AVC ?!). C’est pourquoi j’essaierai dans cet article d’aborder cette problématique à travers le prisme de la neuropsychologie.

Nous chercherons à répondre aux nombreuses questions que vous avez déjà dû vous poser si vous avez un jour été confronté au traumatisme crânien : Tout d’abord qu’appelle t-on « traumatisme crânien » ? Quelles sont les principales conséquences sur le plan cognitif et comportemental ? Comment prendre en charge ces troubles ? Quels sont les services médico-sociaux existants et adaptés à cette pathologie ? Que peut-on faire en tant qu’aidant pour soutenir son proche au quotidien ? Beaucoup de questions auxquelles nous tenterons de répondre … C’est parti !

1. Qu’est-ce que le traumatisme crânien ?

Données statistiques

Les données statistiques concernant la prévalence du nombre de traumatismes crâniens dans la population françaises sont édifiantes. On compte environ 120000 cas par an en France. Plus de la moitié des cas concernent un accident de la voie publique. Et la majorité des accidentés sont des hommes.

L’échelle de Glasgow

Il faut savoir qu’il n’y pas UN mais DES traumatismes crâniens. On les définit généralement en 3 catégories selon leur gravité : le traumatisme crânien léger, modéré ou sévère. Cette classification ne se fait pas de façon arbitraire, elle est définie en fonction du score obtenu à l’échelle de Glasgow permettant d’évaluer le niveau de conscience du patient au moment de l’accident. Selon la gravité du traumatisme, l’orientation du patient au sein de la filière de soins sera différente.

Le type de lésions

Sachez également que l’on distingue classiquement deux types de lésions cérébrales dans le traumatisme crânien. D’une part, les lésions focales qui sont occasionnées par le coup et le contrecoup du traumatisme. Elles seront responsables de la formation d’hématomes ou de contusions cérébrales à l’endroit où l’impact a eu lieu ainsi que dans la zone diamétralement opposée (du fait du contrecoup). D’autre part, les lésions diffuses qui, comme son nom l’indique, sont situées à de multiples endroits du cerveau. Les plus connus se nomment les lésions axonales diffuses. Elles sont connues pour être en partie responsables de l’apparition de troubles cognitifs et comportementaux à plus long terme.

2. Quelles peuvent être les conséquences cognitivo-comportementales ?

Comme nous l’avons vu précédemment, le traumatisme crânien va bouleverser de façon plus ou moins importante l’équilibre naturel du cerveau. Il n’est donc pas étonnant d’observer quelques dysfonctionnements à son égard !

 

Les troubles cognitifs

Commençons tout d’abord par évoquer les changements sur le plan cognitif. Ils concernent en premier lieu les capacités attentionnelles (attention soutenue et divisée notamment), les fonctions exécutives (ensemble de processus cognitifs permettant de faciliter notre adaptation à des situations nouvelles et/ou complexes), la mémoire (à court terme mais aussi à plus long terme), et la vitesse de traitement de l’information. Ces atteintes cognitives passent rarement inaperçus, surtout pour les proches. Elles sont d’ailleurs parfois méconnues de la personne elle-même qui n’en a pas toujours conscience !

On parle alors d’anosognosie. Cette personne peut devenir plus fatigable, ne parvient plus à suivre une conversation surtout quand il y a plusieurs interlocuteurs, oublie parfois des choses qu’elle n’oubliait pas auparavant, devient lente (voire très lente) pour réaliser les activités du quotidien, … Bref, elle est en difficulté pour effectuer les choses banales, du quotidien, qui ne nous demandent pas beaucoup d’effort habituellement. Et cela est d’autant plus difficile pour elle que ses troubles ne se voient pas et sont parfois source d’incompréhension pour ses amis, voire pour sa famille. On parle à juste titre de handicap invisible.

Les troubles du comportement

Parlons maintenant des conséquences au niveau comportemental. En effet, il est fréquent d’observer chez le traumatisé crânien des troubles du comportement. Il s’agit d’une modification dans sa façon d’être par rapport à ce qu’il était avant son accident. Ce sont généralement les proches qui vont être les premiers à donner l’alerte et remarquer une anomalie dans son comportement. « Ce n’est plus la même personne » disent-ils souvent. Là aussi, on distingue plusieurs formes de troubles comportementaux. On peut les classer selon leurs caractères plutôt exacerbés (par excès) ou au contraire plus inhibés (par défaut).

Le risque anxio-dépressif

Aux troubles cognitifs et comportementaux s’ajoutent fréquemment des troubles anxieux et dépressifs. Ils favorisent le risque d’isolement et le repli sur soi. Ils compromettent aussi la récupération fonctionnelle et constituent donc un frein au processus de rééducation. Il s’agit donc d’être vigilant quant à l’apparition de ces symptômes et de s’orienter le plus tôt possible vers des professionnels qualifiés pour envisager les traitements adaptés. Sachez également qu’il est désormais connu que les familles des traumatisés crâniens ont aussi un risque plus élevé de développer un syndrome dépressif. Il est donc nécessaire d’être très attentif à la fois vis-à-vis de l’état émotionnel du patient cérébro-lésé mais également vis-à-vis de l’entourage de celui-ci.

3. Comment prendre en charge les troubles cognitifs et comportementaux ?

Le centre de rééducation

La prise en charge des troubles cognitifs et comportementaux doit être réalisée par des professionnels qualifiés et ayant une certaine connaissance du traumatisme crânien. Habituellement, le patient est orienté vers un centre de rééducation spécialisé dans la prise en charge des pathologies neurologiques. Le suivi du patient y est assuré par une équipe pluridisciplinaire composée de neuropsychologues, psychologues, orthophonistes, ergothérapeutes, kinésithérapeutes, psychomotriciens, et tout autre professionnel susceptible d’aider le patient dans sa récupération fonctionnelle et (neuro)psychologique. Les séances de rééducation se font autant que possible de façon individualisée et spécifique afin d’être au plus près des difficultés du patient. Le temps de la rééducation doit également permettre aux aidants de souffler un peu et de faire le point avec l’équipe médicale sur l’évolution du patient.

Les structures médico-sociales

La prise en charge du traumatisé crânien ne s’arrête pas pour autant à l’issue de la période de rééducation. Elle se poursuit dès le retour à domicile par un suivi en libéral si nécessaire, par la mise en place d’un programme d’activités occupationnelles (sportives, artistiques, culturelles, etc) ou encore par l’instauration d’un projet socio-professionnel via les structures médico-sociales en lien avec la MDPH (Maison Départementale de la Personne Handicapée) qui sont particulièrement recommandées pour leur rôle structurant, socialisant et valorisant sur le plan personnel.

4. Que puis-je faire en tant qu’aidant ?

Ça y est…Votre proche est revenu à la maison et vous pouvez enfin profiter de sa présence. Vous voulez que son retour se fasse du mieux possible mais vous ne savez pas comment vous y prendre ? Voici quelques conseils non exhaustifs qui devraient vous aider.

 

Recommandations de la Haute Autorité de Santé

  • Tenir compte de la fatigue et de l’état psychologique de la personne.
  • Eviter les situations d’interférence et stressantes.
  • Eviter les changements trop importants et les imprévus : la personne a besoin d’un maximum de stabilité.
  • Tenir compte des difficultés cognitives (ne pas faire deux choses à la fois, éviter les tâches trop longues, etc.)
  • Savoir que les apprentissages ne sont pas définitivement acquis. Un changement ou une perturbation peut remettre en question tout le travail et nécessiter des ajustements.
  • Parler lentement en adaptant le langage aux problèmes de compréhension (phrases courtes, mots simples) mais sans infantiliser la personne afin qu’elle ne se sente pas dévalorisée.
  • Respecter la personne et son besoin d’autonomie : ne pas agir ou penser trop vite à sa place mais lui offrir toutes les possibilités pour qu’elle puisse prendre sa vie en main.
  • Noter par écrit les informations importantes en utilisant des supports adaptés aux troubles du patient (agenda papier, tableau, post-it).
  • Ne pas prendre pour soi les énervements, l’agressivité. Prendre du recul et avoir recours aux professionnels ou services d’aides. Ne pas répondre à l’agressivité par l’agressivité.
  • Encourager les rencontres avec les familles d’autres personnes ayant eu un traumatisme crânien ou avec le milieu associatif afin de partager les expériences.

 

Ces conseils sont là pour vous aider à interagir du mieux possible avec votre proche. Ils peuvent être adaptés en fonction des difficultés auxquels vous êtes confrontés. Sachez également demander conseil auprès des professionnels de santé compétents. Ils vous seront d’une aide précieuse.

5. Conclusion

La vie après un accident n’est pas toujours facile à gérer. D’autant plus lorsque cet accident modifie profondément qui nous sommes, dans nos capacités intellectuelles comme dans notre façon d’être. Tout se trouve bouleversé. Nos rapports aux autres, notre travail, nos projets, voire notre couple… Il faut beaucoup de courage et de persévérance, au patient comme à ses proches, pour continuer à avancer malgré les épreuves. Les professionnels de santé sont également présents pour soutenir cette reconstruction et aider à aller de l’avant. Les efforts fournis ne sont pas toujours récompensés comme on le souhaiterait, c’est vrai… Mais chaque jour, oui chaque jour, on gagne un peu plus de terrain face au handicap invisible.

Merci de m’avoir lu !

Benjamin Lesage – Neuropsychologue